Bonjour Rondibus
(et bonjour à tous),
J'ai souvent apprécié ta disponibilité et tes explications sur ce forum, mais je me permets d'intervenir à nouveau, car il me semble qu'il faut privilégier l'exactitude de l'information. L'interprétation des lois n'est pas toujours aisée et je crois que ce que tu avances n'est pas tout à fait exact.
Rondibus a écrit :
-------------------------------------------------------
> Un objet trouvé pouvant intéressé l'art,
> l'histoire,.., n'appartient pas au propriétaire du
> terrain! même découvert fortuitement! sauf après
> attribution par décision des autorités!
En l'occurrence, il serait dommage de laisser croire que l'Etat peut déposséder arbitrairement un particulier dès l'instant qu'un objet a un intérêt (ou "de la valeur"). Ce qui n'est pas le cas.
En effet, l 'ordonnance n° 2004-178 du 20 février 2004, précise :
L. 531-14 Lorsque, par suite de travaux ou d’un fait quelconque, des monuments,
des ruines, substructions, mosaïques, éléments de canalisation antique, vestiges
d’habitation ou de sépulture anciennes, des inscriptions ou généralement des objets
pouvant intéresser la préhistoire, l’histoire, l’art, l’archéologie ou la numismatique sont mis au jour, l’inventeur de ces vestiges ou objets et le propriétaire de l’immeuble où ils ont été découverts sont tenus d’en faire la déclaration immédiate au maire de la commune, qui doit la transmettre sans délai au préfet. Celui-ci avise l’autorité administrative compétente en matière d’archéologie.
L. 531-16 […] Les découvertes de caractère mobilier faites fortuitement sont confiées à l’Etat pendant le délai nécessaire à leur étude scientifique. Au terme de ce délai, qui ne peut excéder cinq ans, leur propriété demeure réglée par l’article 716 du code civil. [voir ci-dessous]
Toutefois, l’Etat peut revendiquer ces découvertes moyennant une indemnité fixée à l’amiable ou à dire d’experts. Le montant de l’indemnité est réparti entre l’inventeur et le propriétaire, suivant les règles du droit commun, les frais d’expertise étant imputés sur elle.
(
Article 716 du Code Civil : La propriété d'un trésor appartient à celui qui le trouve dans son propre fonds : si le trésor est trouvé dans le fonds d'autrui, il appartient pour moitié à celui qui l'a découvert, et pour l'autre moitié au propriétaire du fonds. Le trésor est toute chose cachée ou enfouie sur laquelle personne ne peut justifier sa propriété, et qui est découverte par le pur effet du hasard. )
Rondibus a écrit :
-------------------------------------------------------
> sauf trésor monétaire ou objet en
> métal précieux sans caractère artistique. Article
> L 531-17. Ordonnance de février 2004. Mais ne
> s'applique pas si le trésor est dans un pot en
> céramique ancienne!
Effectivement, une exception est faite pour les monnaies : l'Etat ne peut les "revendiquer" (
L. 531-17 Le droit de revendication prévu par les articles L. 531-5, L. 531-11 et L. 531-16 ne peut s’exercer à propos des découvertes de caractère mobilier consistant en pièces de monnaie ou d’objets en métaux précieux sans caractère artistique).
Mais le fait que des monnaies ou objets précieux soient contenus dans "un pot en céramique ancienne" en fait des éléments d'une découverte intéressant l'archéologie. Dans ce cas, on comprends que c'est l'article L. 531-16, cité ci-dessus, qui s'applique.
Rondibus a écrit :
-------------------------------------------------------
> La détection est un loisir et toutes découvertes
> sont dues au hasard, et donc fortuites!
A nouveau, je crois utile de préciser que
les découvertes faites au détecteur de métaux ne sont pas considérées commes fortuites, ni dûes au hasard, comme on pourrait le croire.
La jurisprudence précise qu'
il ne faut pas confondre le hasard et "les aléas de la recherche volontaire" (Attendus du procés de Boucq, par Gérard LAUNOY, Juge au Tribunal de Première Instance de Monaco). …Cela peut paraître subtile, mais, comme il s'agit de l'interprétation d'un magistrat, il vaut mieux en tenir compte !
Je n'aborderai pas la question de savoir si la justice considère la détection comme un "loisir". Mais il faut savoir que les idées reçues sont souvent battues en brèche devant un tribunal. "La loi est dure, mais c'est la loi".
Voilà. Rondibus, j'espère que tu ne prendras pas mon intervention comme une volonté de te contredire, car je souhaite uniquement rectifier une information inexacte.
Pour ceux que
le texte original de l'ordonnance 2004-178 intéresse : [
www.paca.culture.gouv.fr] (la partie qui nous intéresse est au Livre V, titre III, " Fouilles archéologiques programmées et découvertes fortuites")
Enfin, je signale à tous
un document qui synthétise très bien nos droits et devoirs : [
www.prospection.net]
Modifié 1 fois. Dernière modification le 10-09-08 14h45.