Cherchez, mais ne détruisez pas !

J’avais recherché un très grand champ durant ces derniers mois. Je sentais que ce coin présentait un grand potentiel pour y faire de belles trouvailles. Les environs semblaient prometteurs, avec de jolies crêtes et un beau point de vue sur le fjord. Tout cela laissait présager qu’une activité humaine avait pu se développer ici au fil du temps. Jusque-là, je n’avais rien trouvé d’intéressant d’un point de vue historique, à part quelques pièces d’argent datant de 1704 ou plus récentes, ainsi qu’une grande quantité de boutons. C’était une belle journée du début du mois de mars. Le soleil était présent et la température avoisinait les cinq degrés, si je me souviens bien. C’était très chaud pour l’époque. J’avais décidé ce jour-là de concentrer mes recherches au bout du champ où s’élevait une jolie crête. Il s’agissait d’un endroit que je n’avais encore jamais fouillé. Il me fallut quelques heures pour arriver sur place. En chemin, j’eus quelques mauvais sons puis, en haut de la proéminence, j’entendis un signal faible, mais avec une belle tonalité. Il n’y avait aucun indice de conductivité. J’ai décidais d’utiliser un programme en basse fréquence qui semble donner de bons résultats sur ce type de sol. Je creusais un peu, mais je n’arrivais pas à localiser la cible. J’ai repris le Déus et j’ai balayé à nouveau sur le trou. Le son faible du début était maintenant parfaitement clair et l’indice de conductivité tout à fait stable. À environ 20 centimètres de profondeur, j’ai trouvé un premier fragment vert… juste la bonne couleur de vert. À cet instant, mon objectif était déjà atteint à plus de cent pour cent. J’ai creusé encore un peu et de nouveaux débris verts sont apparus à leur tour. J’étais totalement concentré sur ma recherche d’autant plus qu’en approfondissant l’excavation, d’autres morceaux verts continuaient à remonter.

assembly two lars fragments

J’ai repris le Déus et, cette fois, il s’est emballé. Le faible signal était à présent un son très puissant. Aussi j’ai pensé qu’à partir de cet instant je devais agir avec prudence. À 30/40 centimètres, je pus apercevoir un objet légèrement incurvé, mais je devais agrandir la cavité pour découvrir ce que c’était. J’ai donc creusé avec beaucoup de précautions, jusqu’à voir apparaître ce qui ressemblait à un cylindre. Je n’avais absolument aucune idée de ce que je voyais, mais je savais qu’il s’agissait de quelque chose de très spécial, donc après avoir soigneusement gratté l’objet, j’ai noté les coordonnées GPS et j’ai décidé de ne pas continuer. J’ai pris plusieurs photos et j’ai rebouché le trou. Nous avons eu quelques nuits avec des températures négatives et j’ai donc pensé que ce n’était pas une bonne chose de laisser la cible exposée aux éléments. J’ai marqué le lieu avec quelques pierres afin de le retrouver facilement par la suite. Je suis retourné, toujours excité, à ma voiture et me demandant ce que j’avais bien pu trouver. J’ai détecté sur le chemin du retour, mais je ne me souviens pas avoir creusé sur le moindre signal. Dès que je suis rentré chez moi, j’ai contacté le musée et je leur ai envoyé les photos. Ils ont répondu très rapidement et ont dit que cela avait l’air vraiment intéressant et que la patine semblait ancienne. Ils m’ont demandé si j’étais disponible les jours suivants, car ils souhaitaient jeter un coup d’œil sur ma découverte.

Le lendemain je suis retourné sur le terrain pour établir un meilleur marquage afin de localiser le lieu plus facilement, car je ne voulais pas faire perdre leur temps aux gens du musée, en vaines recherches. En effet, il n’est pas très facile de retrouver un tas de cailloux sur un champ labouré. Après quelques investigations, j’ai fini par retrouver l’endroit exact et cette fois j’avais apporté des piquets de signalisation. Christian, du musée, est arrivé le lundi et nous sommes allés jusque sur le site. J’étais vraiment heureux d’y être retourné pour marquer le spot. Il faisait froid et le vent nous gelait le visage. Il y avait même un peu de neige, alors ce n’était pas le moment de s’attarder. Nous avons recreusé le trou avec précaution et, au fur et à mesure, les plus petits fragments sont apparus. Christian a immédiatement décidé de se concentrer sur l’objet qui paraissait intact dans sa gangue de terre, bien qu’il ne puisse pas dire ce que c’était. Sa première idée rejoignait la mienne, il pouvait s’agir d’un pot en bronze ! Nous avons protégé le trou avec du papier bulle, sur lequel nous avons mis une bâche que nous avons recouverte de terre pour préserver l’artefact du gel.

assembly three lars fragments

Une semaine plus tard, nous sommes retournés sur le terrain avec une excavatrice. Nous étions fébriles. Le temps s’était amélioré et, au bout de quelques heures, nous avions creusé un énorme trou d’environ dix mètres de diamètre. Il y avait beaucoup de vestiges de piliers dispersés autour de l’excavation, ainsi que des débris de céramiques et de poteries. J’ai recueilli énormément d’informations de la part de Christian qui m’a longuement parlé de l’Âge du bronze et de l’Âge du fer au Danemark, en se basant sur les découvertes locales. Après avoir noté l’emplacement précis de chaque fragment, grâce à un GPS de précision, il était temps de retirer la cible principale. Nous avons creusé sur les côtés et, à l’aide du Pinpointer, nous avons circonscrit le fond de l’objet. Puis nous avons continué sur dix centimètres de profondeur pour préparer son enlèvement et nous l’avons entouré d’une épaisse couche de plastique pour le protéger. Après avoir extrait le bloc du trou et l’avoir sécurisé, nous avons réalisé qu’il allait être difficile de le transporter jusqu’au véhicule, ce que nous avons réussi à faire après une longue réflexion sur le moyen d’y parvenir en toute sécurité.

assembly four lars fragments

Quelque temps plus tard, Christian m’a envoyé un email pour m’expliquer qu’ils avaient passé le bloc au rayon X et que le résultat était très différent de celui auquel ils s’attendaient. Ils avaient dû faire différents examens, car ils n’avaient pas immédiatement identifié l’objet. Il m’a dit qu’il s’agissait d’anneaux « Vulstringe », un genre très rare d’anneaux de cheville dont très peu ont été trouvés au Danemark.

J’ai cherché ce terme sur Google, mais sans grand succès. En effet, il y avait peu de références sur le moteur de recherche. Heureusement que Christian  possédait beaucoup de documents qu’il m’a envoyés par courriel afin que je puisse en apprendre un peu plus sur ma découverte.

Les gens du musée étaient très enthousiastes au sujet de cette trouvaille et les restaurateurs pensaient pouvoir encore y retrouver du matériel organique, donc c’était globalement une découverte importante. Les précédentes mises au jour de ce type d’artefacts ayant été faites dans des tourbières, il y a longtemps, nous n’avons pas vraiment d’informations sur ces dernières. La trouvaille la plus récente remontait à quinze ans. Trouver deux anneaux presque intacts avec de la matière organique dessus était sensationnel. Les anneaux ont été datés de 500 à 700 av. J.-C. Ils ont donc au moins 2500 ans !

Le musée souhaitait organiser plusieurs manifestations au cours desquelles les restaurateurs auraient nettoyé le bloc de terre devant le public. C’était une extraordinaire découverte et le succès a été bien au-delà de leurs espérances. Il s’agissait d’événements fantastiques et je pense que tous les participants ont beaucoup appris sur l’Âge du bronze et les anneaux de cheville. C’était vraiment très excitant lorsque l’on a vu apparaître de beaux motifs sur le premier anneau.

Il faut noter que le bloc a été renversé, de sorte qu’il est fouillé du bas vers le haut. L’anneau sur les images est donc celui qui était dessous à l’origine. L’anneau supérieur n’est pas intact à cent pour cent, mais pas loin. Les restaurateurs pensent qu’ils pourront le reconstituer en utilisant les fragments que j’ai trouvés la première fois et ceux qui avaient été emportés par la charrue.

assembly one lars fragments

Sur l’image ci-dessus, vous pouvez voir une partie du matériau organique retrouvé. La flèche pointe vers une branche ou quelque chose de similaire (peut-être une fleur) et le cercle rouge entoure une zone qui contient beaucoup de restes organiques (entre 0,5 et 1 cm d’épaisseur). On spécule que ce pourrait être du textile (comme un sac par exemple). Cette matière enveloppe presque tout l’anneau inférieur et se développe vers l’autre.

Le musée et les restaurateurs étudient actuellement le meilleur moyen de poursuivre les fouilles. Il y a beaucoup d’échantillons scientifiques à analyser. Il s’agit là d’un processus extrêmement approfondi et intéressant à suivre.

Donc, d’une certaine manière, j’ai laissé ma petite empreinte dans l’Histoire grâce à une attention particulière lors de la découverte initiale, afin que le musée et les professionnels puissent avoir accès à un maximum d’informations. Ils pensent par exemple être en mesure d’étudier les pollens pour en savoir plus sur l’environnement à cette époque.

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